Vie de la cité

Bruno Piriou, Maire de Corbeil-Essonnes, droit de réponse à Valeurs Actuelles

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A la suite de l’article de Valeurs Actuelles, Bruno Piriou Maire de Corbeil-Essonnes vous partage son droit de réponse.

J’ai longtemps hésité à y répondre tant le contenu de ce papier (du 26 août 2020, écrit par Jules Torres) me semblait mensonger, médiocre et dérisoire. Quand j’ai appris qu’il avait été lu par 800 000 personnes sur le Net cela a changé mon état d’esprit et j’ai finalement changé d’avis.

Dans un premier temps, je me permets de rappeler les faits qui me sont reprochés et qui fondent le contenu de cet article.

La liste que j’ai eu l’honneur de conduire : « Corbeil-Essonnes une ville à vivre », a été élue le 28 juin dernier, lors du deuxième tour des élections municipales. Sitôt élus, nous avons reçus des demandes de rendez-vous de la part des représentants des différentes associations représentant la communauté musulmane. Ces personnes nous faisaient part de leur inquiétude concernant les célébrations de la fête de l’Aïd qui devait se dérouler le 31 juillet. En effet, les mesures sanitaires de distanciation physiques liées à la crise du coronavirus, ne leur permettaient pas de pouvoir accueillir les fidèles, trop nombreux, dans les lieux de culte présents sur le territoire communal. Afin de répondre au mieux à cette situation, nous avons cherché ensemble, associations cultuelles, services municipaux et police nationale, à trouver la solution adaptée. Nous avons convenu ensemble que le lieu le plus approprié était le Stade de Robinson qui nous permettait d’accueillir 5 000 personnes et de garer les véhicules. Le jour J, tout s’est remarquablement déroulé et les personnes présentes avaient toutes quitté les lieux à 10h30 du matin. J’étais présent avec mon 1er Adjoint Michel NOUAILLE et mon Directeur de cabinet, Max LEGUEM. Nous étions présents pour veiller au bon déroulement des opérations et avons salué nos concitoyens que nous connaissions pour un grand nombre d’entre eux.

Venons-en maintenant aux aspects légaux touchant au principe de laïcité puisqu’il m’est reproché justement de trahir ce principe.

On retient souvent l’article 2 de la loi de 1905 dite de « séparation de l’église et de l’Etat » qui stipule : « La république ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ». On oublie malheureusement l’article 1er de cette loi qui stipule pourtant : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées dans l’intérêt de l’ordre public ». Le verbe « garantir » est loin d’être anodin. Cela signifie qu’en même temps que la république n’accorde aucun avantage à aucune religion, elle doit en même temps, en toute situation, rendre effectif le libre exercice du culte. C’est la raison pour laquelle la loi de 1905 prévoit des services d’aumônerie dès l’instant où existe une privation de liberté qui empêcherait une personne de pratiquer sa religion (prisons, hôpitaux, internats de lycées ou encore l’armée). Ces services d’aumônerie sont financés par l’Etat.

Dans notre cas, il n’y avait pas privation de liberté mais empêchement de pratiquer dans des conditions sanitaires adéquates. Il m’appartenait donc au nom du principe de laïcité de trouver les solutions pour que nos co-citoyens de religion musulmane puissent ce jour-là pratiquer leur culte en permettant la tenue des cérémonies.

J’ajoute que la Convention européenne des Droits de l’Homme ratifiée par la France, prévoit également dans son article 9 que : « la liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet d’autres restrictions que celles, qui prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l’ordre, de la santé ou de la morale publique, à la protection de l’ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

Je rappelle enfin pour finir que tout cela s’est déroulé avec l’autorisation du Préfet et que de nombreux maires en France ont pratiqué exactement comme nous l’avons fait….sans s’attirer les foudres de Valeurs Actuelles. Alors oui, à l’issue de cette manifestation réussie en ce qui concerne ma responsabilité de dépositaire de l’ordre public, j’ai publié sur ma page Facebook la phrase que le journaliste me reproche : « la municipalité, fidèle aux valeurs de laïcité, a créé les conditions que la prière puisse se dérouler dans la dignité et le respect de chacun ».

Venons-en maintenant en contenu idéologique sous-jacent de cet article.

Vous l’aurez compris, le rédacteur qui n’a même pas pris le soin de m’appeler pour recueillir de meilleures informations, avance masqué. Il utilise le principe de laïcité pour ne pas exprimer son refus que dans nos villes de banlieues, la majorité des personnes pratiquant une religion sont aujourd’hui de confession musulmane. C’est ainsi. Je le constate. C’est tout. En tant que laïque convaincu, je n’ai strictement rien à en dire. Je pourrai avoir un avis en tant que militant de l’athéisme mais comme pour ce qui concerne la religion, l’athéisme relève de ma liberté de conscience et n’a pas à interférer dans ma mission de Maire.

Oui, j’ai pu être photographié en compagnie de personnes voilées qui soutenaient notre programme électoral. Où est le problème ? Ces personnes ne sont-elles pas des citoyennes à part entière ? Les personnes manifestant leur appartenance à une religion n’ont-elles pas le droit de prendre parti à la vie de la Cité ?

Oui, un de nos conseillers municipaux, jacques PICARD, occupe une délégation large dans laquelle existe aussi la coopération décentralisée avec Jérusalem. Non je ne suis pas « anti-sioniste » car j’ai toujours approuvé la création de l’Etat d’Israël par les Nations Unies en 1948. Mais c’est justement parce que je crois dans le droit international que je condamne pareillement la politique israélienne dans son refus d’appliquer les décisions de l’ONU, dans sa politique de colonisation, d’humiliation et d’oppression du peuple palestinien. Nous proposons de la coopération décentralisée là ou d’autres font des jumelages culturels avec des villes européennes. C’est notre choix. Là encore, où est le problème ?

Oui j’ai été militant du parti communiste et ne le suis plus depuis 2013. Je n’ai aucune honte à l’avoir été mais j’ai rompu avec ce parti sur des désaccords profonds fruits de mon évolution idéologique et militante. Alors pourquoi titrer : « Un militant communiste revendiqué » ?

Alors que l’auteur de l’article me décrit comme « Islamo-gauchiste », je revendique au contraire le fait d’être profondément républicain. En effet, que sous-entend la laïcité républicaine ? Elle sous-entend que le peuple Français, contrairement à tant d’autres, n’est ni un peuple ethnique ni un peuple religieux. Le peuple Français est un peuple civique et politique. Est Français celui qui accepte le contrat social qui résulte de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et du respect de la loi républicaine. Et c’est tout. Quand on parle d’intégration républicaine, on parle de cette intégration au corps politique du citoyen, au débat politique où doit régner l’universalité du droit. On ne parle de rien d’autre. Pour le reste, dans sa sphère privée, chacun mène la vie qu’il souhaite dans son rapport au monde, dans ce qui lui permet de rendre, comme disait le poète Aimé Césaire : « la vie vivable et la mort supportable ».

Moi qui ai la chance de diriger une « Ville-monde » dans laquelle se côtoient 108 nationalités différentes, je mesure chaque jour ce petit miracle de faire vivre une citoyenneté mondiale. Quand j’y songe, je ressens une immense émotion car oui, finalement, nous vivons ensemble. Quand j’y songe, je me dis que la meilleure réponse à cet article sera la fraternité que nous mettrons patiemment en œuvre chaque jour dans notre magnifique commune.

Ah, j’oubliais. Je suis allé ce dimanche toujours avec mon premier adjoint et mon Directeur de cabinet, saluer le départ du Père …. qui officiait depuis 6 ans à la cathédrale Saint-Spire de Corbeil-Essonnes. J’espère que dans sa profonde cohérence intellectuelle, monsieur Jules TORRES me fera l’honneur d’un article similaire pour dénoncer mon « catholico-gauchisme ».

Bruno PIRIOU,

Maire de Corbeil-Essonnes