Vie de la cité

Discours et rassemblement républicain en hommage au professeur d’histoire assassiné, Samuel Paty, sur les marches de l’hôtel de ville, mardi 20 octobre à 19h

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Discours de Bruno Piriou, Maire de Corbeil-Essonnes, en hommage à Samuel Paty

Corbeil-Essonnes, le 20 Octobre 2020

Mes cher.e.s concitoyennes et concitoyens,

Vendredi, à Conflans-Sainte-Honorine, un crime ignoble a été perpétré à l’égard d’un homme. Cet homme était un professeur et un éducateur. Il s’appelait Samuel Paty.

Cet assassinat suivi d’une décapitation nous a toutes et tous glacé. Nous sommes encore sous le choc tant les symboles qui cimentent notre imaginaire s’en trouvent bouleversés. La symbolique du crime, de la décapitation, de l’atteinte à l’enseignant, à l’innocent.

Nous avons eu raison de prendre le temps de l’échange avec nos proches d’abord, nos conjoints, nos enfants, nos amis, entre élus, et à cet instant, il n’y a ni majorité ni minorité, du moins nous pouvons l’espérer, nous avons eu raison de prendre le temps d’écouter les enseignants, les associations, les communautés religieuses pour ensemble, décider de la qualité de notre rassemblement.

Devant l’horreur et l’inacceptable, prendre le temps de se rassembler. Se rassembler pour rendre hommage, se recueillir, s’écouter et le temps de se disperser, prendre le temps d’échanger, bien loin de l’empressement du bruit et de la fureur, parfois, des réseaux sociaux.

Nous sommes ce soir réunis et rassemblés devant l’Hôtel de Ville, notre maison commune. Je vous en remercie. Sincèrement et de tout mon cœur.

Tout d’abord, Je tiens à exprimer ma solidarité à la famille, aux amis de la victime, à ses élèves et à ses collègues, à l’ensemble du corps enseignant. Michel Nouaille, notre maire-adjoint à la réussite scolaire et éducative m’a transmis les mots d’amitié de la représentante de l’éducation nationale et des responsables d’établissements scolaires, en soutien à notre initiative. Aux conseils d’écoles qui se tiendront à la rentrée, nous proposerons une minute de silence.

Quelqu’un est mort et nous pouvons supposer que cette personne ne se pensait pas comme un héros mais qu’il faisait simplement son travail d’enseigner aux enfants. Il imaginait que sa qualité d’enseignant devait se traduire par la possibilité que par-eux-mêmes, les enfants puissent se construire un regard libre et émancipé sur le monde. Et cela chacun à sa manière.

Nous pouvons aussi supposer que si cela a pu être ordinaire pour lui, c’est que nous vivons dans un des rares pays qui a séparé l’Eglise et l’Etat et cela sans demander la reddition des croyances.

Ne nous trompons pas, cet acte dans sa résultante, dans tout ce qui a permis qu’il advienne, n’est rien d’autre que la reddition de notre Etat républicain. Les Anglo-Saxons peuvent s’en accommoder très bien. Ils sont prêts à laisser les communautés se doter de leurs propres lois. C’est leur droit et leur histoire. Celle de la France est toute autre. Comme le disait le poète et le philosophe Martiniquais Edouard Glissant, ils sont totalement opposés au métissage. L’histoire de notre pays, c’est d’avoir su et voulu s’élever comme un Etat laïc. Et un Etat laïc, c’est un Etat métisse.

Il va nous falloir réfléchir ensemble, à tous ceux qui au nom d’une communauté quelle qu’elle soit, imposent aux autres de considérer que leurs actes n’ont pas franchi une barrière. Quand on tue, on franchit une barrière et rien, rien ne peut le justifier. Jamais. On ne touche pas à l’intégrité physique et morale de la personne humaine. C’est un devoir d’humanité. C’est une borne commune dans notre démocratie. Le clamer après chaque acte monstrueux est indispensable mais manifestement pas suffisant.

Nous avons donc le devoir de réfléchir ensemble à comment faire plus pour les empêcher.

La République et la laïcité sont indissociables. Elles sont un acquis qui ne resteront un acquis que si l’on se bat pour elles.

Cela nécessite d’exiger qu’aucun acte humain, quel qu’il soit, doit être à priori interdit de commentaires. Et l’un des commentaires les plus respectueux, nous avons appelé cela, l’humour. Et sachez qu’attaquer l’humour, c’est attaquer la forme la plus respectueuse des commentaires qui ont trait à notre vie quotidienne.

Cela exige de cultiver l’art du débat, et cela va devenir une habitude à Corbeil-Essonnes car l’art du débat est synonyme de démocratie qui au fil des décennies, dans notre pays, s’est imposée à la loi du talion, à la loi du plus fort. Et l’art du débat passe par l’intelligence et le courage de combattre les petits commentaires de l’intolérance qui de proche en proche, finissent par autoriser les actes extrêmes. Nous devons toutes et tous réfléchir à nos propos qui même sans intention de nuire, finissent pas pousser à la haine.

Pour empêcher que la barbarie ne se reproduise et faire vivre la démocratie, nous devons donc accepter de nous reconnaître dans nos différences politiques, philosophiques, religieuses sans jamais vouloir à tout prix les imposer aux autres. Imposer ses idées et ses croyances par la violence, c’est reconnaître la limite de son intelligence.

Nous sommes rassemblés ici ce soir parce que nous partageons ce socle commun, la République.

Face à cet horrible crime, le crime d’un éducateur, notre réponse, sera de continuer à éduquer et l’éducation va devenir notre motricité à Corbeil-Essonnes. Oui, toute société se construit sur un système éducatif, un système de valeurs dont l’objet est de conserver la société que nous voulons et d’y intégrer les personnes qui auront à leur tour, la charge de la préserver et de la perpétuer. Faites-nous confiance, nous continuerons à éduquer. Eduquer au fait qu’il n’y a pas de vérités révélées qui devraient s’imposer. Il n’y a que des recherches permanentes et incessantes de sens et d’amour. J’en tiens pour preuve ce message reçu hier d’une Corbeil-Essonnoise amie depuis trente ans. Mennana m’écrit ceci : « Bonjour Bruno, jusqu’à quand allons-nous subir cette violence ? Je suis musulmane mais ces actes que revendiquent ces terroristes manipulés par des fous avides de pouvoir comme des gourous, ce n’est pas l’islam. Ma génération est un produit Républicain. Où est-elle ? Courage à la famille du professeur. »

Je te remercie, Mennana pour ton message. Tu as raison, éduquer c’est répéter. Eduquer et répéter encore et toujours que « l’autre », celui qui n’est pas comme moi, celui qui ne me ressemble pas, celui que je ne comprends pas, ne sera jamais un « tout autre ».

Nous sommes venus séparés ce soir. Séparés par nos différences, nos divergences, nos contradictions, nos conflits… Mais nous sommes venus car nous avions besoin de nous rassembler pour vérifier que rien, jamais, ne viendrai détruire notre lien d’humanité. Ce soir, nous sommes réunis en tant qu’êtres humains, en tant qu’êtres humains qui opposons notre résistance à la violence et à la haine. Ensemble, avec vous toutes et tous, avec toi Mennana, nous allons faire vivre la République.

Avant d’offrir la parole à ceux et celles qui me l’ont demandé, je nous invite toutes et tous à faire une minute de silence.

(Silence)

Je vous remercie.

 






Intervention de Monsieur Jean Luc Raymond.

Mesdames et messieurs, chers amis nous sommes là ce soir avant tout pour nous recueillir, nous sommes tous là pour rendre hommage à un homme, un enseignant qui a payé de sa vie le simple fait de transmettre à ses élèves l’esprit critique et la liberté d’expression, valeurs cardinales de notre république.

Aujourd’hui je suis triste ! triste pour notre démocratie et bien sûr triste pour la famille et les proches de Samuel Paty.

Je pense également à tous les enseignants qui ne doivent pas renoncer à défendre nos valeurs, ils sont le rempart contre ces actes de barbarie.

L’éducation, le civisme, la laïcité sont des valeurs essentielles de notre république.

Nous devons tous être unis face à de tels actes terroristes, nous devons tous faire corps face à l’islamisme radical.

Pour autant nous ne devons pas, stigmatiser nos amis de la communauté musulmane et faire un raccourci fatal entre islam et radicalisation.

Ces terroristes veulent nous diviser, à nous de leur montrer que cela ne sera pas le cas, à nous de leur montrer que nous n’avons pas peur.



Intervention du Père Frédéric Gatineau.

Bonsoir à tous, en tant que citoyen comme chacun de vous. Je tenais d’abord à être présent et puis monsieur le maire m’a demandé si je pouvais dire quelques mots. Alors je me dis aussi au nom de la communauté catholique de Corbeil-Essonnes, et de ses 5 lieux de culte répartis à travers la ville. Vendredi soir, j’ai passé de longues à écouter beaucoup d’enseignants, j’ai vraiment un grand respect, un profond respect pour les enseignants, je suis sur qu’il y en a beaucoup parmi vous. Le métier n’est pas facile. Les intimidations y en a … régulièrement malheureusement, alors elles ne mènent pas jusqu’au drame de Conflans Saint Honorine, mais on sait que c’est malheureusement pas rare. Alors, je veux vraiment vous redire tout notre soutient, c’est un métier passionnant mais très difficile. Par ailleurs, je ne vais pas dire ce que l’on ressent tous, bien sûr comme vous je suis un citoyen très attaché à notre laïcité. Cependant je vais me permettre de dire deux mots qui sont du vocabulaire religieux, j’ai le droit ça fait partie de la laïcité aussi d’expression. C’est à propos du mot « blasphème », puisqu’il a été beaucoup prononcé depuis vendredi, alors pour moi et dans la grande tradition religieuse et même dans les grandes traditions religieuses, vous savez le plus grand blasphème c’est pas dessiner quelque chose c’est de tuer quelqu’un au nom de Dieu, ça c’est le plus grand blasphème, parce que c’est faire mentir Dieu, donc il faut le dire, le dire dans nos églises, dans nos temples, dans nos pagodes et dans nos mosquées, c’est le plus grand blasphème, personne n’a le droit d’ôter la vie au nom de Dieu, personne. L’autre mot qui, pas connotation religieuse, mais qui est du vocabulaire commun c’est le mot « conscience », ce qui nous rassemble finalement ce soir tous ici, c’est la conscience, nous avons tous une conscience quelque soit nos convictions religieuses, quelque soit nos absences de connections religieuses, et puis dans la vie on a le droit aussi d’évoluer, de changer d’opinion, ça s’appelle la liberté, c’est écrit sur le fronton de la mairie mais c’est très important de la vivre et de la considérer. Et bien, la conscience, si chacun y faisait vraiment appel, mais dans cette chaine d’horreur qui a conduit au meurtre à l’assassinat de Samuel, et si chacun de ces gamins écervelés, manipulateurs, menteurs qui ont relayé des horreurs plus les parents plus … enfin on sait cette chaine terrible qui a tué jusqu’à, au geste fatal d’Anzorov. Si chacun avait interrogé sa conscience pour dire est-ce-que c’est vraiment que je dois faire, je pense on n’en serait pas arrivé là. Faut vraiment qu’on travaille à l’éducation des consciences, et ça c’est une tâche que tout le monde peut travailler. Merci



Intervention de Monsieur Reynal Jourdin.

Bonsoir à toutes et à tous. Alors, effectivement, Maire adjoint, mais c’est en qualité de professeur d’EPS au lycée Robert-Doisneau que j’ai souhaité prendre la parole ce soir. Et pour ce faire, j’ai décidé de lire un texte rédigé non pas par moi mais par Philippe Meirieu, président des CEMEA, centres d’entraînement aux méthodes actives, qui rend compte de l’état d’esprit des professeurs, des éducateurs, des animateurs, des travailleurs sociaux comme il le dira dans sa lettre, au lendemain de l’acte inhumain qui vient de se perpétuer à Conflans-sainte-Honorine.

« Nous sommes en deuil. Nous autres, professeurs, éducateurs, animateurs, travailleurs sociaux, qui nous reconnaissons dans l’idéal d’émancipation et de solidarité de l’Education Nouvelle, sommes en deuil. L’assassinat barbare de Samuel P. nous plonge dans l’effroi et nous voulons dire tout notre soutien à ses proches et à ses collègues, mais aussi à tous ceux et celles qui, comme nous, travaillent pour une école qui forme chacun et chacune de ses élèves à la liberté de penser.

Notre immense tristesse n’éteint, pour autant, ni notre détermination, ni notre espérance : détermination pour lutter, au quotidien et dans « le moindre geste », contre toutes les formes de violence envers les humains et pour toujours plus de coopération et de justice. Espérance que nous soyons sans cesse plus nombreux à refuser les intolérances mortifères, à militer pour que la joie du partage supplante les replis sur soi et que la construction d’un avenir commun l’emporte sur les communautarismes.

Aujourd’hui, nous sommes en colère : l’horreur de l’inhumain a emporté notre collègue Samuel. Mais nous ne voulons pas faire aux terroristes islamistes le cadeau de notre désespoir. Nous ne voulons pas, non plus, laisser les amalgames et les logiques de bouc émissaire nous emporter dans une surenchère de la haine. Nous poursuivrons inlassablement notre combat pour la laïcité, la liberté d’expression et contre toutes les formes d’emprise sur les esprits. Nous continuerons à accueillir chacune et chacun avec ses singularités tout en travaillant inlassablement pour construire des solidarités, sans exclusive ni exclusion. Nous ne lâcherons rien sur les valeurs qui nous font vivre : la liberté de « penser par soi-même », l’égalité de tous les humains et la fraternité contagieuse que nous nous employons – et nous emploierons plus que jamais – à faire vivre à nos enfants pour qu’ils construisent un monde où l’on n’ait plus à pleurer l’assassinat d’un éducateur. »



Intervention de Monsieur El Kima Badreddin.

Messieurs, dames, bonsoir. Donc monsieur Bader, président de l’association échanges et partages sur Montconseil, on gère également un lieu de culte, donc effectivement c’est un moment très triste et terrible, donc avant tout une pensée pour ce professeur qui est avant tout un père de famille qui a laissé un enfant de 5 ans, donc voilà toute notre solidarité. Ensuite je vais me permettre de vous lire un communiqué qui a été fait dans un collectif de mosquée de France, afin que tous nos concitoyens, peut-être qu’ils n’ont pas eu l’information, sachent notre pensée et la façon dont nous avons fermement condamné ce terrible crime. Donc le collectif des mosquées de France s’est réuni le dimanche 18 octobre 2020 à 17h par visioconférence : « c’est avec une grande consternation et horreur que nous avons appris l’assassinat odieux le vendredi 16 octobre de Samuel Paty, enseignant du collège de Conflans-Sainte-Honorine dans le département des Yvelines. Le collectif des mosquées de France condamne avec la plus grande fermeté cet acte abject et barbare et dénonce toute atteinte à la vie humaine de nos concitoyens. Rien ne peut justifier un tel acte et encore moins au nom de notre religion. Nous collectif des mosquées de France n’accepterons jamais que chaque crime commît par un individu identifié comme musulman soit associé à cette belle religion qu’est l’islam. Nous exprimons notre compassion et notre solidarité à la famille de la victime ainsi qu’à l’ensemble du corps enseignant de l’établissement et de l’éducation nationale. Plus que jamais en ce moment difficile et face à ce crime inqualifiable qu’a bouleversé tout le pays, le collectif rappelle que l’unité et la cohésion nationale constitue le rempart contre ces actes abjects et toutes les dérives qui en d’écoule. Ce que je voudrais rajouter, et comme l’on rappelé les précédents c’est que malheureusement les extrêmes se nourrissent et nous devons pas tomber dans ce piège qui serait leur donner raison, donc surtout les enseignants, on leur doit un respect incommensurable, je me rappelle de cet enseignant, monsieur Duval, quand j’étais en primaire, c’était un prof d’histoire-géo comme monsieur Paty, et qu’il nous avait fait découvrir les grottes de Lascaux, c’est quelque chose qui date peut-être de quasiment 30 ans, mais je m’en rappelle encore, parce que c’était un professeur extraordinaire. Tout ça juste pour vous dire que trente ans en arrière on n’avait pas tous ces types de problèmes et bien entendu on a été à l’école, on est là on a grandi avec Sébastien, Amandine avec marc, il y avait un vivre ensemble qui était extraordinaire. Donc il garder l’espoir et justement pour pas donner raison à ceux qui tire vers l’extrémisme de continuer à œuvrer pour ce vivre ensemble et que tout le monde se serre les coudes, la main dans la main, et que tout le monde essaie d’apporter, pardon, sa pierre à l’édifice, que ce soit en contribuant à titre personnel en tant que Corbeil-Essonnois dans notre ville ou nous en tant qu’association on est prêt à soutenir que ce soit les écoles, à mener des actions pour que justement ces jeunes qui comme l’a rappelé tout à l’heure le Père, chacun à ses singularités, peut-être que chacun à ses cultures mais en discutant, en échangeant, en essayant de les tirer pour avoir une ouverture d’esprit et bien on peut toujours avoir des solutions et éviter que de tels actes qu’on ne peut pas récupérer se passent. Je vous remercie.



Intervention de Monsieur Sofian Aslam, Vice-Président de l’association « Savoir et enseignement »

Pour ceux qui ne connaissent pas notre association, nous sommes une association basée sur l’Ermitage et Montconseil, sur le boulevard Henri-Dunant.

Nous œuvrons pour l’intérêt général en aidant les habitants du quartier de l’Ermitage à participer aux différentes missions civiques. Dans la culture, en organisant des sorties. Dans l’humanitaire, en distribuant des colis alimentaires. Dans l’éducation, en partageant nos parcours professionnels. Dans la santé en expliquant les dangers d’une mauvaise alimentation, les dangers des produits perturbateurs endocriniens, des allergènes et des irritants. Nous poussons les jeunes du quartier et les habitants à télécharger des applications telles qu’UFC Que choisir et Yuka. Aussi à participer à des missions de solidarité en rendant visite aux malades, aux sans-abris, aux personnes âgées. Mais aussi à s’inscrire dans une salle de sport en négociant des abonnements avec des salles.

Nous sommes aujourd’hui ici unis dans le but de condamner fermement l’assassinat du professeur Samuel Paty. Nous exprimons une pensée profonde et notre soutien à sa famille et à ses proches. Nous implorons Dieu de les aider à trouver le courage de surmonter cette épreuve si difficile, si profonde et si insoutenable. Nos pensées vont également aux professeurs et aux personnels éducatifs de notre pays, la France.

Rien ne doit justifier d’ôter la vie à un être humain. Nous avons été attaqués par la haine, aveugle et la folie meurtrière. Restons unis et solidaires et ne tombons pas dans le piège de la division tendue par les agents de la terreur. Il est essentiel et primordial de savoir que l’Islam n’est pas une religion de colère, de vengeance ou de haine. L’Islam est une religion de paix, d’amour, d’indulgence et de douceur envers les autres. L’Homme est sur Terre non pas pour détruire la vie mais pour la donner. Répandre la paix, donner à manger à ceux qui ont faim, honorer les liens de parenté comme le prophète Mohammed -Paix et salue sur lui- l’a dit. C’est au fond ce qu’enseignent toutes les religions. Elles font du respect, de la vie, de la diversité, de la dignité humaine, des croyances, un principe universel. Je remercie Monsieur le Maire et son équipe de nous avoir accordé la parole. Cela nous permet, je l’espère du fond du cœur, de consolider notre attachement à notre pays, la France, et à ses valeurs républicaines ainsi qu’à consolider une fraternité avec nos concitoyens. Seigneur, fais de notre pays un lieu de paix, de sécurité et de prospérité. Merci à tous.



Intervention de Madame Peggy Leroy.

Il y avait un peu trop d’hommes quand même ! Merci. Alors moi, je suis professeur d’histoire au collège Chantemerle, de géographie mais surtout d’éducation morale et civique (EMC). Cette matière a vécu depuis de nombreuses réformes, une diminution de son volume horaire et aujourd’hui, on peine à faire nos heures auprès de vos enfants. Il ne faut pas s’étonner que des raccourcis soient faits et que des actes d’une telle violence puissent arriver.

Au collège Chantemerle, je n’ai pas ce sentiment de haine, de méfiance, de violence. Pas du tout. Au contraire. J’ai des élèves passionnants, passionnés, captivés, qui ont envie d’apprendre. Je ne vais pas vous parler de choses négatives, je vais vous parler de quelque chose qui m’a fait beaucoup rire il y a trois ans. Toco. Alors, Toco, c’est un grand élève. Un grand Noir, comme on disait à l’époque, moi quand je suis allée à l’école. Parce que Noir et Arabe, ça n’étaient pas des gros mots, on pouvait le dire. Un grand Noir qui me dit : « Mais, madame Leroy, Abraham, il ne se fout pas un peu de nous ? Non, parce que, on le retrouve chez les musulmans, chez les chrétiens, chez les juifs. Dites-donc, les religions, elles ne se foutraient pas un peu de notre gueule ? » qu’il me dit. Et franchement, un enfant de 12 ans qui vous dit ça, je trouve, a tout compris. Donc justement, on va rester dans l’éducation pour redonner des valeurs à notre France. Il ne faut plus avoir honte d’être français. On peut s’appeler Mohammed, Toco ou Mélissa et être français. Et ne plus se dire que parce qu’on est fier et content d’être là, ça ne va pas être bien vu ou pas être bien interprété. Au contraire. A Chantemerle en tout cas, je n’ai pas ce sentiment. Les enfants de Corbeil, ils aiment leur ville, ils aiment leur pays et ils sont fiers d’être français.



Intervention de Madame Véronique Lehmann.

Bonsoir à la population de Corbeil. Je n’avais pas prévu de prendre la parole mais il faut que je la prenne. J’imagine que vous ressentez la même chose que moi ce soir : la colère, les questionnements. On se demande pourquoi ça arrive, un tel acte n’a pas de justification. Professeurs d’histoire, ce sont des personnes qui nous ont appris à être ce que nous sommes. Moi, de mon Cameroun où j’étais, on m’apprenait la bataille de Normandie, l’histoire de France. Puis, un jour, je suis arrivée à Omaha Beach. Quel beau métier. Et aucun professeur… Monsieur Paty, ne méritait pas ça. Moi, je suis devant vous ce soir pour vous dire merci parce que nous avons bravé la pluie pour être là où nous sommes. Merci à monsieur le Maire qui nous permet de parler parce que face à la souffrance, celle que nous ressentons, celle que vous ressentez, je suis sûre, il n’y a que la parole pour guérir. Alors, moi, la France m’a fait une place. Je pense que vous êtes nombreux à qui la France a fait une place. Elle nous accueille, elle est généreuse, elle est bonne. Alors elle ne mérite pas ça. Ni nous, ni quelqu’un d’autre, ni monsieur Paty. Moi j’ai une pensée pour sa famille, pour la douleur qu’elle peut ressentir. Et je remercie les habitants de Corbeil-Essonnes pour l’amour, l’accueil… Et si j’ai un seul mot ce soir, c’est que l’amour domine la haine, parce que l’amour pardonne tout. L’amour croit tout. L’amour excuse tout. Merci à vous tous.



Intervention de Madame Fathia Challal.

Bonsoir à tous. J’avais pas prévu de prendre la parole moi non plus. Mais je voulais la prendre ce soir parce qu’effectivement, depuis quelques jours, je suis horrifiée par ce qui s’est passé. Je suis professeur d’anglais au collège la Nacelle. Il fut un temps où c’était beaucoup plus facile. J’aime mon métier. J’ai fait ce métier parce que j’ai eu la chance de croiser des professeurs qui m’ont orienté, qui m’ont donné l’envie de faire des études et j’en suis là maintenant et j’ai envie de rendre la pareille et je le fais avec mes élèves. Il m’arrive de tomber sur des élèves qui sont très très difficiles… et je me demande pourquoi, pourquoi une telle colère, pourquoi une telle haine. Il m’est arrivé, il y a une dizaine d’année, d’avoir aussi reçu des menaces de mort et j’espérais, j’espérais obtenir le soutien de ma hiérarchie. A l’époque, ma hiérarchie n’était pas celle que j’ai aujourd’hui. J’en ai vu passer des hiérarchies, des principaux au collège La Nacelle. Et il y a des fois où je me sentais en sécurité et d’autres fois où je ne me sentais pas en sécurité. Lorsqu’on est dans un collège où l’on a presque une trentaine d’élèves par classe, des élèves qui ont des difficultés, des élèves que l’on veut aider, on demande à enseigner et il y a des fois où l’on ne peut pas parce que ces élèves sont trop nombreux, ont beaucoup de difficultés. Et quand on se met en grève, on dit : « Oh, bah, les profs, ils sont encore en grève ! » Bah on ne se met pas en grève que pour nous, on se met en grève parce qu’on a envie que les élèves vivent dans un monde om ils peuvent apprendre des choses avec facilité. Là, je vous dis très sincèrement, avec l’âge, parce que je prends de la bouteille, ça devient de plus en plus difficile pour moi. Je rentre chez moi, je suis épuisée parce que je dois courir d’un élève à un autre. On est en zone violence, on est en ZEP, et on a plus de 25 élèves. Ça devient de plus en plus difficile. Mais nous, on a envie que nos élèves réussissent. On a cette envie. Mais qu’on nous donne les moyens. Qu’on nous donne ces moyens-là. Lorsque je suis arrivée au collège La Nacelle, on avait 20 élèves par classe, tout se passait très bien. J’avais des élèves qui pourtant étaient très, très difficiles. Et ils ont tous réussi. Parce qu’ils étaient en petit nombre. On avait le temps, on avait le temps de leur parler. Là, ça devient très difficile. Donc je vous dis très sincèrement, j’aime mon métier, mais si j’avais 20 ans maintenant, je ne le referais pas parce que c’est épuisant. Combien de jeunes ont envie d’être profs aujourd’hui ? On a de moins en moins de jeunes qui veulent devenir profs. Nos conditions de travail sont de plus en plus difficiles et on se fait menacer…pas plus tard qu’avant les vacances ! Des élèves qui sont récalcitrants, qui ne veulent pas obéir. Ils veulent faire ce qu’ils veulent. Et il y a des fois où j’ai peur. Je vous dis très franchement, où j’ai la peur au ventre. Donc je n’ai pas envie de mourir sur scène comme dirait l’autre. Donc on demande aux parents de nous aider. On demande aux parents de ne pas démissionner de leur rôle de parent. Ce n’est pas à nous, en tant qu’enseignant, d’éduquer vos enfants. Nous, on veut leur donner le savoir. C’est ce que j’ai reçu. De mes parents, j’ai reçu le respect de l’école. Si j’avais un mot dans mon carnet, je vous garantis que je passais un sale quart d’heure. Mais maintenant, non. On dit à un gamin « tu vas dans le bureau de la principale », le gamin nous rit au nez. Non, ce n’est pas ça, c’est pas ça se sentir protégé en tant qu’enseignant. Je me demande depuis vendredi « Que s’est-il passé pour qu’une personne égorge un collègue ? Est-ce que les collègues de ce collègue l’ont épaulé ? l’ont soutenu ? Je me pose plein de questions, je me pose plein de questions et je me dis « Qu’est-ce qu’il aurait fallu pour que cet enseignant reste en vie parmi nous ? » Moi, j’ai envie d’aller travailler… mais il y a des fois où je vous garantis que j’ai la peur au ventre. Mais je ne le montre pas. J’ai des élèves, j’ai un élève que je revois très régulièrement qui est dans l’assemblée aujourd’hui et je suis fière de voir que mes élèves réussissent, comme je suis contente ! Je ne suis pas leur ennemie, nous ne sommes pas leurs ennemis. On a envie d’enseigner. J’ai envie d’enseigner. Voilà, c’est tout ce que je voulais dire. Merci



Intervention de Madame Carole Yegin.

Bonjour, bonsoir. Voilà, je n’ai pas l’habitude de prendre la parole devant autant de monde. Je me présente, je suis Yegin Carole. Je suis de confession musulmane et je suis de nationalité turque. Je suis là pâtissière de Corbeil, après, je ne sais pas, je suis… Voilà.

Alors, je voulais m’exprimer parce qu’en fait, tous ces événements nous ont beaucoup marqués, et on a été beaucoup attristé et on avait fait un petit mot pour rendre hommage à ce professeur. Je vais vous lire le petit texte.

Un enseignant de 47 ans a payé de sa vie le fait de transmettre l’esprit critique à ses élèves. La liberté d’expression est une des valeurs que transmet la France dans le monde entier. L’école est le lieu, grâce à des professeurs qui exercent souvent avec des difficultés leur beau métier, où nous acquérons de nombreuses connaissances et compétences afin de devenir des citoyens libres et égaux en droits. Si un instituteur n’avait pas convaincu la grand-mère d’Albert Camus de l’inscrire au collège, alors il est certain qu’il ne serait pas devenu ce grand écrivain engagé qui a pu s’exprimer avec force. Tout notre soutien à tous les enseignants et le personnel éducatif de notre pays. Rien ne doit justifier d’ôter la vie, de façon si cruelle et revendiquée, ni terroriser des populations au nom des religions et idéologies. Face à la barbarie qui a frappé notre pays, j’exprime mes pensées profondes pour la famille du professeur lâchement assassiné. Merci bien.



Intervention de Monsieur Jouad.

Bonsoir à tous. Je vais me présenter, je suis monsieur Jouad, coordinateur dans le groupe scolaire qui se nomme la Lumière du savoir sur cette commune, à Corbeil-Essonnes. Donc, pareil, je n’ai pas l’habitude d’avoir un auditoire aussi important…mais par contre, la situation est tellement gravissime et horrible qu’il est important qu’on puisse prendre la parole. Donc le groupe scolaire la Lumière du savoir condamne avec la plus grande fermeté l’horrible acte barbare auprès de monsieur Paty. Nous nous associons à la douleur de la famille et des proches de la victime et exprimons notre solidarité à l’ensemble du corps enseignant, de l’établissement et de l’Education nationale. Je terminerai par cette citation de Nelson Mandela qui nous dit : « J’ai appris que le courage n’est pas l’absence de peut mais la capacité de la vaincre ». Merci à vous.



Intervention de Monsieur Kilic.

Je suis monsieur Kilic, président de l’association Union franco-turque de Corbeil-Essonnes. L’union franco-turque de Corbeil-Essonnes condamne avec la plus grande fermeté cet acte barbare et animalier. Plus que jamais, nous devons nous mobiliser contre la haine et la violence. Nous exprimons notre compassion et notre solidarité à la famille du professeur assassiné ainsi qu’à l’ensemble du corps enseignant de l’établissement et de l’Education nationale.

Merci beaucoup.



Intervention de Monsieur Maxime Podolak.

Bonsoir tout le monde, alors je n’avais pas prévu de faire un discours, mais quand j’entends ces professeurs que je connais depuis peu, s’exprimer, c’est plus fort que moi. Parce que j’ai un souvenir de l’élève que j’étais au collège et au lycée… Franchement, l’idée des professeurs qui m’ont connu quand j’étais au collège et au lycée, ils ne doivent pas avoir envie d’entendre mon prénom aujourd’hui. Mon prénom, mon nom de famille, j’en sais quelque chose… J’étais un élève très difficile…Mais je voudrais quand même les remercier et remercier en règle générale ce métier de professeur, d’enseignant. La vocation de transmettre, et puis, surtout, savoir garder son sang-froid face à des élèves difficiles, provocateurs comme j’ai pu l’être moi aussi à un certain âge. Et aussi, j’ai aussi une pensée aux forces de l’ordre qui… je pense qu’on peut aussi les saluer, on ne les a pas assez saluées ce soir, je pense qu’on peut les saluer, c’est un métier difficile, de moins en moins de reconnaissance. C’était mon rêve quand j’avais quitté mes parents, en terminale, je voulais devenir policier. Après, la vie a fait que… que je suis parti vers une autre direction mais… c’est un métier difficile, il y a de moins en moins de reconnaissance. On filme, on montre tout le temps la même partie de la scène. Donc merci également aux forces de l’ordre et merci aux professeurs. Merci de m’avoir écouté.



Intervention de Madame Fatmagül Bilgel.

Bonsoir à tous, je me présente, je m’appelle Fatmagül, c’est un prénom typique turc qui ne sonne pas trop comme français… Mais nous sommes français. Parce que nous sommes nés ici. Ca ne veut pas dire que, qu’on est musulman, qu’on ne doit pas respecter nos professeurs. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas tous les mêmes avis. Un professeur, ça se respecte partout. Que ce soit en France ou dans un autre pays. J’ai aussi étudié en Turquie parce que je suis d’origine turque, j’ai vécu presque un an là-bas et un professeur, ça se respecte partout. Un professeur, c’est comme nos parents. C’est ceux qui passent la majorité de leur temps avec nous. Ils pensent à nous, à notre avenir. Parfois même, nos parents ne pensent pas autant à nous, ne nous suivent pas autant parce qu’ils sont occupés aujourd’hui dans la vie, on a plein d’occupations, le métier… et c’est souvent les professeurs qui pensent à tout ça. On n’est pas tous pareils. On a tous une pensée pour nos professeurs. Peut-être certains ne le montrent pas. Des fois, on vient en cours, on est fatigués, mais nos profs, ils nous boostent quand même parce qu’ils savent que nous sommes l’avenir du monde. Et voilà, il faut qu’on respecte nos professeurs parce que c’est eux qui nous mettent sur la voie de l’avenir. Voilà. Merci.



Intervention de Monsieur Adam Boussetta.

Mesdames, Messieurs, bonjour,

Il est vrai que je suis un enfant, donc peut-être que vous n’allez pas prendre tous mes mots au sérieux, mais j’aimerai quand même que vous m’écoutiez.

Ma mère est chrétienne, mon père est musulman mais je me sens quand même français. Je sens les deux religions en moi et je ne fais aucune distinction. Ce professeur, Samuel Paty, voulait juste enseigner à ses élèves et il en a payé de sa vie. Je trouve ça terriblement injuste et je retiens mes larmes en ce moment. Moi-même étant élève, j’ai une professeur ici présente qui a fait un discours aujourd’hui, madame Leroy, professeur de Chantemerle. Ma propre mère étant professeur au collège des Tarterêts depuis plus de 20 ans, je connais ce métier, je sais qu’il est dur. Mais je pense que, même si c’est une personne de confession musulmane qui a commis ce terrible affront à la République, je ne pense pas qu’il faut dénigrer les musulmans et même s’il a voulu le faire en la foi de Dieu, pour moi, c’est la plus grande dénigration à Dieu que de tuer quelqu’un en son nom. Je voulais dire ces quelques mots. Merci à vous.