Coronavirus Covid 19 , Santé

Les professionnels de santé en action

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Comment la crise sanitaire liée au COVID-19 est-elle gérée par le Centre hospitalier sud francilien ? Où en sommes-nous dans l’épidémie ? Pour mieux vous informer, nous avons posé nos questions à Gilles Calmes, directeur par intérim du Centre hospitalier sud francilien et au docteur Michèle Granier, présidente de la commission médicale d’établissement.


  • Quand et comment les mesures de gestion de la crise se sont mises en place au CHSF ?

Gilles Calmes : Le plan blanc hospitalier, qui encadre l’organisation de crise de l’établissement, a été mis en place le 7 mars. Il  a évolué du niveau 1 (mesures de prévention) au niveau 2 que nous connaissons toujours actuellement. Ce niveau correspond à la prise en charge de l’épidémie. Concrètement, l’activation de ce plan signifie : la mobilisation de tous les personnels, l’activation d’une cellule de crise, une vigilance particulière sur les lits de soins critiques, le suivi de notre capacité d’hospitalisation.


  • Selon quelle organisation ?

Dr Michèle Granier : Dès l’activation du niveau 1, l’Agence Régionale de santé nous a demandé de prendre en charge les patients à hauts risque d’infection. Avec le passage en phase épidémique, tous les établissements publics et privés de l’Essonne se sont articulés pour prendre en charge ces patients mais aussi pour admettre dans des conditions sûres les patients non infectés ayant besoin d’une prise en charge hospitalière. Très rapidement, nous avons mis en place un système de dépistage diagnostic dans le parcours du Service d’Accueil et de Traitement des Urgences. Nous avons ouvert des circuits hospitaliers spécifiquement dédiés au Covid. Nous avons mobilisé jusqu’à 41% de notre capacité en lits pour sa prise en charge. Six services d’hospitalisations ont été ciblés sur cette prise en charge en incluant les soins de suite et six parcours ont été créés dans des services de soins. La capacité en lits des urgences et des soins critiques a été majoritairement repositionnée sur cette prise en charge. Nos quatre modules des urgences et 72 lits de réanimation et soins intensifs se consacraient exclusivement au COVID début avril !


  • Combien de patients ont été accueillis au CHSF à ce jour ?

Gilles Calmes : Il est encore trop tôt pour établir un bilan chiffré. En revanche, le taux d’occupation de lits Covid début avril atteste de l’importance du flux de patients que nous avons pris en charge.  Avec 312 lits dédiés (près de la moitié de notre capacité en lits), nous avons enregistré des taux d’occupation supérieurs à 80% ! Nos services de soins critiques sont presque parvenus à saturation ce qui nous a conduit à transférer, début avril, des patients dans des régions moins impactées que l’Ile-de-France. Ces transferts se sont appuyés sur l’organisation mise en place par les autorités sanitaires. Notre hôpital a été véritablement en tension pendant les deux premières semaines d’avril.

 Une forte mobilisation  

Dr Michèle Granier : Je tiens à souligner le rôle très actif joué dans cette crise par les hôpitaux de la région. L’AP-HP a occupé un rôle important en prenant en charge 40% des patients COVID. La majeure partie de ces patients a été orientée sur les autres établissements franciliens, avec en première ligne nos hôpitaux publics. Les établissements hors AP-HP ont pris en charge 60% des admissions COVID !


  • Combien de patients ont été placés en réanimation ? Combien sont guéris et combien sont malheureusement décédés ?

Dr Michèle Granier : Nous avons accompli un travail collectif très poussé pour être en capacité d’accueillir près de 80 patients en soins critiques. Ce résultat a été obtenu grâce à des rapprochements interdisciplinaires. Tous les services de l’hôpital en capacité de prendre en charge des patients instables ont été mobilisés. Des lits ont été ouverts dans la salle de réveil (SSPI) du bloc ambulatoire ainsi que dans tous les services de soins intensifs de l’hôpital (dialyse, cardiologie, neurologie). Cette capacité supplémentaire nous a permis de conforter nos 40 lits de réanimation ! Il y a eu également, une forte mobilisation médicale pour assurer les gardes Covid 24h/24 et 7 jours sur 7.

Gilles Calmes : Nous avons également observé une grande solidarité interprofessionnelle. Des infirmières venant d’autres service ont été formées aux soins critiques et ont pu être redéployées. S’il est difficile de communiquer des chiffres, les indicateurs vont dans le bon sens. J’en veux pour preuve le taux d’occupation maximal des lits de soins de suite pour les patients dont l’état s’est stabilisé. J’en veux également pour preuve la fermeture d’un module sur les quatre que compte notre réanimation. Il y a eu bien entendu des décès et sur ce point je tiens à saluer le professionnalisme des équipes en première ligne dans les services, l’humanité des agents de notre funérarium à l’écoute des familles, l’accompagnement de nos équipes de psychologues et de nos professionnels de psychiatrie.


  • Combien de patients venant de Corbeil ?

Gilles Calmes : Notre patientèle est domiciliée à 80% dans l’agglomération Grand Paris Sud et plus particulièrement dans ses deux communes les plus importantes : Corbeil-Essonnes et Évry-Courcouronnes. Il est trop tôt pour faire une extraction de ce type mais il est incontestable qu’une proportion significative des patients admis proviennent de Corbeil-Essonnes.


  • Dans quel état arrivent les patients et que leur conseillez-vous quand les premiers symptômes apparaissent ? 

Le suivi de ville est indispensable 

Dr Michèle Granier : Les consignes nationales sont bien respectées puisque (sauf aggravation conduisant à appeler le SAMU/centre d’appels du 15), les patients qui présentent des symptômes respectent bien la règle du confinement. L’hôpital prend en charge actuellement les patients instables nécessitant une surveillance et bien entendu les cas sévères qui exigent des soins critiques. Je souligne que nous voyons actuellement des patients très dégradés se présenter aux urgences. Je rappelle que le parcours de soins en ville est une étape fondamentale. Le médecin traitant, le médecin spécialiste de ville, les centres municipaux de santé sont ouverts et actifs à nos côtés ! Ne négligez pas cette étape. Ce suivi de ville est indispensable !


  • Quelles collaborations avez-vous mises en place et selon quelle organisation ?

Dr Michèle Granier : Le secteur privé s’est très rapidement manifesté pour participer activement à la prise en charge de cette crise. Notre SAMU 91/Centre d’appels du 15 a pu transférer très rapidement des patients nécessitant des soins critiques conventionnels vers les établissements privés. Pour ces prises en charge, l’appui de la clinique du Mousseau et de la clinique de l’Essonne nous a été précieux. Sur ce point également, je tiens à remercier tous les médecins de ville de la commune et de l’agglomération qui se sont mobilisés. Je tiens à exprimer ma reconnaissance à ceux qui ont participé aux consultations diagnostiques hospitalières. Je salue également l’engagement de tous les professionnels de santé de la commune et de l’agglomération qui sont venus en renfort pour assurer la ligne de régulation COVID du SAMU 91 ou qui ont apporté leur aide à l’hôpital. Je songe également aux masseurs-kinésithérapeutes libéraux qui nous épaulent en réanimation.

Gilles Calmes : La mobilisation du centre municipal de santé et celle de l’antenne de Montconseil pour des consultations spécialisées de diabétologie ont été un apport incontestable dans notre gestion de crise. Tout le travail de suivi, d’information et de prévention de ville nous aide.


  • Y-a-t-il eu un élan de solidarité qui s’est organisé autour de l’hôpital ?

Gilles Calmes : je tiens à remercier en mon nom propre et au nom de la communauté hospitalière toutes celles et ceux qui se sont rapprochés de l’hôpital dans un élan solidaire. À Corbeil-Essonnes, des écoliers nous ont fait parvenir des dessins, ils sont tous affichés dans les services. Merci aux professionnels de la restauration, aux entreprises, aux institutions, aux particuliers qui se sont manifestés par des dons alimentaires, par la remise d’équipements de protection ou encore par des mises à disposition de logements. Je tiens à souligner l’implication active des collectivités de notre agglomération Grand Paris Sud qui nous a apporté un appui précieux sur le plan matériel et sur le plan des ressources humaines. Un grand merci également à notre voisin et partenaire Genopole dont toutes les forces vives ont été mobilisées pour nous venir en aide.


  • Au niveau du personnel et du matériel, comment ça s’est passé ?

Gilles Calmes : Notre stock a été géré au jour le jour avec maîtrise et prévoyance. Nous n’avons pas été en défaut d’approvisionnement. Sur ce point encore, je tiens à remercier l’extraordinaire mobilisation des acteurs économiques, des collectivités, de Genopole et de son réseau de recherche et de l’enseignement supérieur qui nous ont fourni une quantité importante d’équipements de protection. Je suis admiratif de la créativité dont ils ont fait preuve avec des chaînes de solidarité notamment pour la fabrication de visières de protection !


  • La pharmacie du CHSF produit sa propre solution hydroalcoolique ?

Dr Michèle Granier : Tout à fait, notre équipe de pharmacie a fait le nécessaire pour disposer d’un stock de sécurité. Cette démarche démontre la formidable capacité d’adaptation et d’anticipation de nos professionnels de santé.


  • Dans quel état sont les équipes aujourd’hui ?

Dr Michèle Granier : Il est incontestable que la fatigue est aujourd’hui partagée par tous les professionnels de notre établissement. L’investissement a été individuel mais aussi collectif avec de nouvelles organisations.

Gilles Calmes : une grande majorité d’hospitaliers n’a pas pris de congés pour faire face. Je songe notamment aux professionnels des soins critiques. Cet investissement est remarquable. Nous devons être attentifs et accompagner mieux encore nos professionnels dans ce contexte.


  • Où en sommes-nous dans la gestion de cette crise ?

Gilles Calmes : Nous entamons la 7ème semaine de Plan blanc. La décélération observée ne doit pas nous conduire à perdre de vue l’importance de cette épidémie. Nous sommes encore sur un plateau haut de prise en charge. En parallèle, nous travaillons aujourd’hui à restaurer nos capacités de prise en charge conventionnelle. Nous nous organisons pour mener de front ces deux parcours hospitaliers dans le respect de la qualité et de la sécurité des soins.


  • Quels messages de vigilance souhaitez-vous faire passer à la population pour maintenant et pour après le 11 mai ?

Dr Michèle Granier :  Restons très vigilants car un risque de second vague n’est pas exclu. Les bonnes pratiques doivent perdurer et tout particulièrement celle de la distanciation sociale, le lavage des mains avec de l’eau et du savon ou du soluté hydroalcoolique ! Les formes sévères de la maladie restent préoccupantes. Une quarantaine de patients sont hospitalisés en soins critiques dans notre établissement ! Si vous êtes pris charge pour une maladie chronique ou si vous avez des symptômes inhabituels, n’oubliez pas d’aller consulter votre médecin traitant.



Un film pour les soignants du CHSF de Corbeil-Essonnes.

« Ce film est venu de l’idée de ma compagne qui travaille au service réanimation du Centre Hospitalier Sud Francilien de Corbeil-Essonnes. Elle m’a demandé de venir filmer son service pour qu’il puisse rester une trace de ce moment historique qu’est cette période de lutte contre le COVID-19. J’ai trouvé un personnel soignant d’un sang froid étonnant malgré toutes les difficultés vécues au quotidien. Les Soignants maîtrisent leur travail qu’ils font tous les jours, une maîtrise qui leur permet parfois même de plaisanter, comme nous pourrions le faire aussi dans notre quotidien professionnel; très loin de ce que l’on peut voir dans les séries télévisées avec des équipes souvent en panique et dans l’urgence… » Marc Borne.



Un film pour les soignants du CHSF de Corbeil-Essonnes